
Lyron Nataf
Avocat associé — SELARL NATAF & TAÏEB
Publié sur LinkedIn
« Allo Maître, on m’a volé ma société. »
C’est ainsi qu’une dirigeante m’a appelé il y a quelques mois, quelques heures après avoir découvert qu’elle n’était plus, sur le papier, la présidente de l’entreprise qu’elle avait créée.
Le procédé est d’une simplicité terrifiante. Un tiers adresse au greffe un faux procès-verbal d’assemblée générale et une fausse lettre de démission du dirigeant en place. La modification est enregistrée et un nouveau Kbis est délivré au nom de l’usurpateur. Ce document est parfaitement authentique, il porte le bon numéro d’identification et il correspond à une société bien réelle, avec ses comptes, ses contrats et ses salariés.
Personne n’a appelé la dirigeante véritable pour lui demander si elle avait réellement démissionné. À partir de là, celui qui détient ce Kbis peut se présenter partout comme le représentant légal de l’entreprise, à commencer par la banque.
Dans ce dossier, c’est précisément la banque qui a évité le pire. Ses équipes ont relevé l’anomalie, ont prévenu ma cliente, et le compte a été gelé le temps de la procédure.
Le préjudice reste considérable. Pendant toute la durée de la procédure, l’entreprise est à l’arrêt, puisqu’elle ne peut ni encaisser, ni payer ses fournisseurs, ni honorer ses commandes. Même en référé, c’est-à-dire dans l’urgence, plusieurs mois s’écoulent avant que le juge ne statue.
Nous avons déposé plainte, écrit à la banque pour lui demander de n’exécuter aucune instruction émanant du faux dirigeant, puis prévenu les fournisseurs et les clients, qui risquaient de traiter de bonne foi avec un imposteur. Nous avons ensuite saisi le juge des référés, qui a ordonné la suspension des effets des actes frauduleux. Reste la procédure au fond, seule à même de faire annuler définitivement ces actes et de rétablir durablement la situation.



